Évaluer l’impact de la pêche au chalut sur les tortues marines dans les pêcheries de crevettes tropicales exportant vers l’UE

Estimer les captures accidentelles de tortues dans les pecheries tropicales exportant vers l'Union europeenne.

La pêche crevettière tropicale au chalut est l’une des pêcheries les plus génératrices de prises accessoires, notamment de tortues marines, espèces protégées et vulnérables. Les États-Unis imposent depuis 1989 l’usage des dispositifs d’exclusion des tortues (TED) comme condition d’accès à leur marché, alors que l’Union européenne ne dispose d’aucune réglementation équivalente. L’UE constitue un marché alternatif pour des crevettes issues de pêcheries non durables.

Ce travail a consisté à estimer les captures accidentelles de tortues marines (CPUE) dans les pêcheries de crevettes tropicales de cinq pays exportateurs vers l’UE : Inde, Bangladesh, Vietnam, Madagascar et Mozambique. Ces pays ont été sélectionnés en fonction du volume exporté de crevettes tropicales vers l’UE et de l’absence, ou de la non-application, de réglementations pour limiter les captures des tortues marines. L’étude repose sur la compilation et l’harmonisation de données bibliographiques (articles scientifiques, FAO et Eurostat). Les captures par unité d’effort (CPUE) ont été utilisées pour extrapoler le nombre de tortues capturées selon la taille des flottes et des volumes exportés, avec ou sans la présence hypothétique des dispositifs d’exclusion des tortues.

Les résultats indiquent des ordres de grandeur différents entre les pays. L’Inde se distingue avec plus de deux millions de tortues potentiellement capturées chaque année par une flotte de 30 000 chalutiers, soit un impact largement supérieur aux autres pays. Le Bangladesh, Madagascar et le Mozambique présentent des estimations de plusieurs centaines à quelques milliers de tortues par an, tandis que le Vietnam affiche des valeurs plus faibles mais néanmoins préoccupantes. Les principaux pays importateurs de crevettes tropicales issues de ces pêcheries non durables au sein de l’UE sont la Belgique, la France et les Pays-Bas.

Bien que fondés sur des estimations liées à une disponibilité limitée des données, ces résultats mettent en évidence la nécessité de la mise en place d’une réglementation européenne. Une telle mesure permettrait de réduire significativement la mortalité des tortues marines tout en garantissant une concurrence équitable entre filières.