Évaluation du risque d’interaction entre la pêche INN et les tortues luths en Guyane
Etudier les interactions entre pêche illégale et populations de tortues marines en Guyane.
En partenariat avec le CNRS, TOTM contribue à une étude scientifique menée par Damien Chevallier et Manon Nivière, visant à quantifier l’impact de la pêche illicite, non déclarée
et non réglementée (INN) sur la dynamique de population de la tortue luth (Dermochelys coriacea) en Guyane française.
La Guyane française constitue l’un des principaux sites de ponte à l’échelle mondiale pour cette espèce, classée « vulnérable » au niveau global par l’UICN et « en danger critique » à l’échelle régionale de l’Atlantique Ouest. Malgré cette importance écologique majeure, la population locale connaît un effondrement rapide : le nombre de pontes est passé de plus de 5 000 en 2009 à seulement 17 en 2025, traduisant une chute drastique du nombre de femelles reproductrices. Les résultats des précédentes études indiquent que la mortalité en mer constitue aujourd’hui le facteur limitant principal de la population. En particulier, les captures accidentelles liée à la pêche INN représentent une pression critique sur les femelles adultes, dont la survie conditionne directement le renouvellement de la population. En effet, ce déclin s’inscrit dans un contexte d’augmentation documentée de la pression de pêche illicite dans les eaux guyanaises au cours de la dernière décennie, accentuant le risque d’interactions avec les tortues marines. Le croisement des données de télémétrie et des activités de pêche met en évidence un chevauchement spatial et temporel marqué entre les habitats marins essentiels des tortues et les zones de forte intensité de pêche INN, notamment dans les 3 zones à haut risque d’interactions identifiées entre tortues luths et pêche INN pour délimiter des zones prioritaires de surveillance et de conservation eaux transfrontalières à l’ouest de la Guyane. Au-delà du constat, ce projet permet de produire des indicateurs robustes pour orienter l’action publique : identification de zones prioritaires de surveillance, appui au déploiement ciblé des moyens de contrôle en mer, et contribution à l’élaboration de mesures de gestion à l’échelle régionale. Il renforce également la capacité des acteurs locaux à intégrer des données scientifiques dans les stratégies de conservation.
En apportant une compréhension fine des mécanismes de déclin et des zones à risque, cette étude va constituer un levier opérationnel pour améliorer l’efficacité des politiques de lutte contre la pêche illégale et soutenir la préservation à long terme de l’une des dernières grandes populations de tortues luth de l’Atlantique.